lundi 22 octobre 2012

Et quelle voix sinistre ullule "Margot qu'es-tu devenue?"

Je suis coupable. Je ne le nie guère. J'avais préparé tant d'articles à mon retour de ma ballade Greyhound à travers les Etats-Unis. Tous à moitié écrits, jamais tapés sur l'ordinateur : c'est un peu tard maintenant pour écrire sur mes impressions quant à l'ambiance que je n'avais pas trouvé si horrible que ça, loin de là, mes réflexions sur "et maintenant?" (car, bien sûr, "maintenant" a un peu glissé dans le temps)... Si j'ai la foi, peut-être, mais je pense que ce serait très artificiel.

Il s'est passé tant de choses depuis la dernière fois que j'ai écrit... Je vais essayer de tout résumer dans les prochains articles en replaçant chronologiquement le tout, mais là encore je ne promets rien.

Pour couper court au suspens intenable (oh oui!), autant le dire tout de suite : je suis AuPair en Allemagne. Non, pas à Berlin. A Magstadt. Comment??? Vous ne connaissez pas Magstadt? ... C'est normal. Pour vous donner une idée de ce dont il s'agit, voici le plan :




Bien sûr, j'ai également de nouveaux projets et plus que jamais l'envie de partager mes brouillons, mais pour l'instant il y a encore des parts d'ombre alors j'attendrai pour me prononcer plus.

lundi 7 mai 2012

Kilomètre 3498 : El Paso, TX


                Je préviens, cette partie va être longue... Pour moi, ça en vaut vraiment la peine parce que c'est peut-être la rencontre qui m'a le plus marquée. Du coup, j'ai envie de l'écrire. D'abord pour moi. Donc si ça vous saoule, rien ne vous empêche de lire en diagonale, mais sérieusement en ce qui me concerne elle m'a énormément appris. Et j'espère que je saurai bien la retranscrire.

                Arrivée à El Paso, je m'installe dans la file d'attente pour Dallas, et j'y retrouve le jeune homme aux yeux bleus que j'avais cru être un ami dudit Josh. On est avec une dame mexicaine et une dame qui va à Fort Worth, les mêmes qui m'avaient félicitées de mon anglais à Tucson. On discute un peu, tout le monde est adorable avec moi, la dame mexicaine tient même à me présenter sa famille qui est venue la chercher à la station de bus. Le jeune homme explique qu'il rentre voir sa famille à Saint Louis parce que son frère vient de sortir de prison et que sa tante ne va pas tarder à y aller, laissant deux gamins sans vraiment personne pour s'en occuper. Il ne sait pas combien de temps il va devoir rester là-bas, alors il a mis toutes ses affaires dans deux valises. C'est marrant, ce sourire qu'il a toujours au bord du rictus, presque goguenard. "On ne m'la fait pas, à moi", qu'on pourrait presque lire dessus.

                - Je vais fumer, tu peux garder ma guitare s'il te plaît? Le sac à dos, au pire, j'm'en fous... Mais la guitare, tu comprends...

                Je comprend, ouais. Quand il revient, il est temps d'embarquer et, ne sachant pas trop où me mettre dans le bus qui promet d'être plein, je demande si je peux m'asseoir à côté de lui. On échange nos prénoms. Rony, donc. Il sourit, il a les dents de devant qui se chevauchent légèrement et, malgré le fait qu'elles semblent propres, elles sont légèrement noircies à l'endroitoù elles se touchent. J'écris des cartes postales achetées à El Paso tandis qu'il fait des Sudoku. Echange de regards. Mes cartes postales tout comme son stylo portent la mention "Don't Mess With Texas". Ca nous fait marrer. La discussion s'embraie. D'où je viens, où je vais, pareil pour lui...

                On repasse devant la frontière à El Paso... "Je veux prendre une photo de l'inscription sur la colline", me dit-il. "Un gars m'a dit que ça voulait dire Lisez la Bible, elle dit la vérité...". Silence. Je garde mes remarques sarcastiques pour moi. En fait, à ce moment-là, ça ne m'effleure même pas l'esprit. Donc, Rony. Vingt-trois ans. Etonné que je n'en aie que 18 ("J'ai remarqué que les filles Européennes sont toujours plus avancées intellectuellement que les Américaines..."… vil flatteur, va). Une vraie vie de merde. Vous ferez la part des choses quant à la véracité des propos qu'on peut tenir à une inconnue dans un bus, mais la voilà telle qu'il me la raconta : abandonné à sa naissance par ses parents, il a grandi avec sa grand-mère, à Denver, Colorado. Assez doué à l'école, il n'a eu que des A jusqu'à la mort de sa grand-mère, quand il avait 16 ans. A partir de ce moment, il est parti sur la route. "J'ai fait 48 des 50 Etats. Il me reste plus que l'Alaska et Hawaii... Mais bon."

                Son siège est défectueux et passe son temps à se rabattre sans prévenir sur son voisin de derrière, un blond rasé, l'air pas commode, avec des tatouages dans le cou. Mais Rony garde le sourire, et s'excuse à chaque fois. Au final, ce qui aurait pu provoquer une tension détend l'atmosphère et s'en suit une conversation assez folklorique "Alors tu sors de taule?" "Ouais, j'étais incarcéré à ... [pas retenu]" "C'est là où était mon frère, il vient de sortir.... Six ans que je l'ai pas vu". Un autre ex-taulard se signale un rang derrière, et c'est quasiment une conversation qui s'installe dans tout le bus. L'ambiance est étonnamment bon enfant.
                Premier arrêt. Malgré l’interdiction de boire à bord du bus, on a décidé de se siffler des bières, mais la peur de nous faire larguer au milieu du Texas par un chauffeur mécontent, on se contente d’en acheter sur l’aire de repos et de les boire avant de repartir. Rony, comme tous les américains que j'ai rencontré jusque là, m'invite à la méfiance. "Ici, tu ne sais pas sur qui tu peux tomber, il y a des gens qui profiteraient des informations que tu m'as donné sur toi'. C'est alors que j'en viens à me demander : qui profiterait de la confiance que choisit de lui offrir un(e) inconnu(e)? Ca doit arriver, bien sûr, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse. 

               Retour dans le bus, je ne sais plus exactement comment, il en vient à me parler de ses croyances. "Je suis chrétien", dit-il, sa main accrochant par réflexe la croix autour de son cou. Passé son couplet sur la fin du monde en 2012, et la vraie nature de Jésus (c'est un alien. D'ailleurs les aliens nous observent depuis le fond des océans, dans le Triangle des Bermudes), il en vient à un point qui me touche vraiment : "J'ai vécu de la merde, j'ai crevé la dalle pendant des jours, j'ai dormi dans la rue, j'ai été attaqué... Je considère que ce sont des épreuves que Dieu m'envoie et que ma réaction me définit. J'ai toujours le choix entre céder à la peur et la violence, ou bien de me conduire de façon droite. Je n'ai jamais volé, jamais cherché le malheur d'autrui". Et c'est à ce moment-là que je réalise un truc. Peu importe ses croyances farfelues, Rony avait cherché à réfléchir sans avoir les outils dont on gave les cerveaux de mes petits camarades préparationnaires. Ce qu'il appelle Dieu, moi je l'appelle hasard, mais quelle différence? Il avait une volonté de réflexion et sa logique tenait debout. Je ne rirai plus des hommes de foi, du moment que leur croyance est une réflexion personnelle, éloignée de tout dogmatisme, qu'elle n'appelle pas à juger l'autre, juste à se juger soi, et qu'elle est simplement spontanée et sincère. Pour des questions d'éducation, je n'ai jamais considéré que l'athéïsme et lui n'a jamais considéré que la religion. C'est pourquoi il s'étonne : "Mais, si tu ne crois pas en Dieu, tu crois en quoi?". 


           Notre conversation continue longtemps, et je vous en épargnerai les détails, surtout que je ne l'ai pas retenue de façon chronologique. Il répète "On ne se reverra probablement jamais, mais j'ai été vraiment heureux, tout simplement heureux de te rencontrer. Là, tout de suite, je dois dire que je n'ai pas envie que le bus arrive à Dallas". Et pourtant ça finit par arriver. On se sépare à Dallas, où la pluie à finit de me convaincre de filer directement sur Lafayette, sans passer par la tombe de Bonnie Parker. "On se reverra peut-être sur la route, qui sait...". On y croit ni l'un ni l'autre. Peu importe, cette rencontre était belle dans sa spontanéité et son caractère éphémère (c'est d'ailleurs pour ça que, finalement, je n'arrive pas à la retranscrire et que j'ai bâclé la fin). Non, je ne te reverrai jamais, Rony, mais je ne t'oublierai pas.

jeudi 19 avril 2012

Kilomètre 2980 : Tucson.

Premier jour.

C'est donc à Mesa que Katie descend et je me retrouve seule pour le reste du trajet. Trois petites heures, rien du tout. Par la fenêtre, je peux pour la première fois admirer l'Arizona. Sur le côté de l'autoroute, les trains de l'Union Pacific roulent tranquillement à travers les plaines arides parsemées de cactus et, l'espace d'un instant, j'entend la voix de Guthrie "This train is bound for glory, this train...". C'est un passe-temps amusant que d'imaginer tous ceux qui ont pu sauter dans un de ces wagons rouillés, les voir sortir d'un fourré, jeter leur sac à dos dans ledit wagon et s'y hisser. Bien sûr, c'est là une vision très stéréotypée... Mais peu importe, je ne connais pas de décor qui conviennent mieux à ces longs trains de marchandise.



J'arrive à Tucson et là, merveille : IL FAIT BEAU!! Après une semaine sous la pluie, enfin du soleil! Un peu trop même, je n'ai plus l'habitude et j'ai vite chaud, dans mon jean et ma chemise bûcheron. En me rendant à l'auberge, je croise quelques personnes, qui semblent assez attendries par mon gros sac à dos (à moins que ce ne soit par mes cernes et mon look "je n'ai pas pu me laver depuis beaucoup trop longtemps"). L'un d'eux me dit même être un cow-boy. L'histoire ne dit pas si c'est vrai et ce en quoi ça consiste de nos jours, mais ce n'est pas grave : ça laisse la part grande au rêve et à l'imaginaire.


Mon égarement me valu de traverser cette "rivière"... Welcome in Arizona.

Après un à deux kilomètres de marche jusqu'à l'hostel, je n'ai plus qu'une seule envie : prendre une douche, et faire la sieste. Pas de chance, je suis arrivée à 12h30 et l'auberge est fermée quotidiennement de 12h à 15h pour cause de nettoyage. Je ne retrouve donc, cernée et puante, à traîner mes guibolles dans le centre-ville en attendant de pouvoir revivre. Une glace dans un café en rédigeant des cartes postales fera l'affaire.

Retour à l'auberge, rencontre de ses hôtes autour d'une cigarette fumée sur le patio. Il y a Jimmy, qui tient l'hostel, Thomas (lui ne fume pas, normal il est canadien), un peu allumé, qui a fait tout le chemin jusqu'en Arizona parce que c'est la saison des fleurs de cactus, et qui répète sans cesse de sa voix traînante "I heard it's going to rain tomorrow... It's gonna be good for the cactus, eh!", Jonathan, un soldat américain qui est en poste une centaine de kilomètres plus au Sud et qui monte à Tucson tous les week-ends, et Dan, un vieillard ultra-flippant qui passera les deux jours suivants à me poursuivre en voulant m'offrir des trucs à manger. Dans l'absolu c'est gentil mais je sais pas... Son lapin de Pâques était tout de même putain de flippant.


C'est le jour de la Saint-Patrick et j'ai entendu dire qu'il y a des danses irlandaise dans un parc, donc, après une douche bien méritée, je décide d'aller y jeter un coup d'oeil. Ne sachant pas où se trouve ledit parc, je décide de passer à l'office de tourisme. Naïve, je demande mon chemin à deux officiers de police surveillant une course cycliste. Réponse "On a un office de tourisme?...". Bon, grâce à la merveilleuse (ou pas) invention qu'est l'iPhone, ils découvrent qu'en effet, il y a bien un office de tourisme et qu'il se trouve à deux rues de là. Audit office de tourisme, l’hôtesse d'accueil, vêtue entièrement de vert pour l'occasion, me renseigne sur la ville et ses festivités, mais avec tout ça j'ai déjà raté les danses irlandaises. Bon, qu'à cela ne tienne, la version somnolante de moi-même effectue un tour de centre-ville.












Retour au bercail avec la ferme intention de me coucher tôt, Saint Patrick ou pas (de toute façon, n'ayant pas encore 21 ans, ya pas grand chose que je peux faire). Je mange et retrouve dans l'arrière-cour Jonathan,  qui boit des bières en attendant d'aller faire un tour en ville. Il m'en offre une (ce qui provoque l'embarras du propriétaire des lieux, qui craint une descente de police pour cause de bière illégale) et nous discutons joyeusement. C'est assez intéressant, d'ailleurs, parce que j'avais une vision... -comment dire?- assez stéréotypée de ce que pouvait être un soldat américain (ou français, ou biélorusse, ou vulcain, d'ailleurs...) : rustre, ignare et patriote à souhait. Lui, il sait parler entre autres français et allemand (et anglais naturellement mais bon, nul besoin de le préciser), il est très critique quant à son pays et ses dirigeants... 

Selon lui, la Saint-Patrick est un spectacle assez triste, et je dois dire que l'exemple donné pour sa démonstration est assez convaincant : ici, ça consiste en gros à aller se bourrer la gueule en mettant des colorants verts dans sa bière. Nous tombons d'accord sur ce point, du colorant dans une bière, c'est un crime. Nous décidons alors d'aller jeter un coup d'oeil en centre-ville, histoire de contempler l'ampleur du carnage, mais également parce que le propriétaire commence à flipper réellement.

On traverse donc les quelques rues qui composent le centre-ville, où les gens font la queue pour entrer dans les bars, quand ils en ont encore la force et qu'ils ne sont pas entrain d'errer en vain, abrutis par la bière. Aujourd'hui, tout le monde est irlandais, peu importe la véracité généalogique de la chose. Ca fait gentiment râler Jonathan. Moi ça me fait sourire. Puis il m'explique qu'il veut aller apporter du whisky à un gus qu'il a rencontré aujourd'hui même dans la rue et qui ne boit que du Jim Beam. Ledit gus est un sacré personnage ; ça fait maintenant 15 heures qu'il joue non-stop de l'accordéon, il sue, il est crado, mais il sourit. Jonathan me raconte que ce type se dirige vers New-Orleans et qu'il voyage... En sautant à bord des trains de marchandise. Je reste sans voix. Je ne savais pas que c'était encore possible, de nos jours. Mais apparemment tout est possible... "Je suis en retard", nous explique-t'il, "la saison a déjà commencé. Ca fait un mois et demi que je suis à Tucson et je ne devais y rester que quelques jours... Alors, ça suffit, demain je pars." Il nous joue un petit Yann Tiersen pour l'occasion, on lui laisse quelques dollars, le whisky et on repart.

Puisque personne ne veut me laisser entrer dans un bar (ma carte d'identité française est refusée sans qu'on y jette même un regard), on décide d'aller se boire une bouteille de vin dans un parc. La conversation repart de plus belle : Détroit (la ville d'où il vient), Paris, la grammaire, la passion des américains pour les armes... Les sujets sont assez variés. Cependant on doit rester constamment sur nos gardes, parce qu'on risque gros si on se fait prendre à boire dans un lieu public (l'Arizona ce n'est pas les quais de Seine, ça ne plaisante pas). Heureusement, il est rodé et on déguerpit juste à temps quand s'approche une camionnette de sécurité. 

On retrouve vite un nouvel endroit où savourer notre bouteille de piquette, mais, au fil de la conversation, on se retrouve à court d'alcool et nous mettons donc en route, à la recherche du liquor store perdu. Ça s'avère un peu plus compliqué que prévu, sachant que, oui, l'Arizona a des liquor stores en drive-thru, mais pas après 22/23h... Jonathan a alors cette idée merveilleuse : vu que dans les dessins animés, ils font des entailles dans les cactus quand ils sont entrain de mourir de soif dans les déserts, on devrait tenter de trouver un cactus contenant de l'alcool et faire la même. Chouette, alors maintenant, on ne cherche plus un liquor store ouvert, non, on cherche un cactus magique! ... A défaut de cactus magique, c'est une station essence qui nous permettra de nous ré-approvisionner en bière.

Retour au bercail, vu qu'il commence à faire froid, on se pose dans son dortoir et après avoir parlé de Johnny Cash, l'avoir écouté raconter à quel point Eminem est un looser, et moult autres sujets, après quelques bières également, je finis par m'endormir comme un caca sur un des lits, pour me réveiller en sursaut à 7 heures du matin. Alcool+long voyage+manque de sommeil = Margot s'endort et n'est absolument pas réveillable pendant 3 heures. C'est sous le regard interrogateur, et limite amusé des autres hôtes que je traverse la pièce commune pour rejoindre mon dortoir. 

Deuxième jour.

C'est mal réveillés et avec la tête dans le séant que nous décidons d'aller faire un tour dans les environs. Première étape : Old Tucson Studio, qui est genre un village à l'ancienne qui a servi à filmer des vieux westerns. Donc pas très authentique, et probablement très touristique... et en plus c'est fermé, parce qu'il bruine (c'est l'Arizona, ils ont pas vraiment l'habitude...). Dans le doute on en profite pour faire une pause au milieu de nulle part.





Deuxième étape : le Titan Missile Museum. En effet, Tucson, au moment de la guerre froide, possédait un des sites américains de lancement de missile nucléaire. Aujourd'hui, il a été démantelé et on peut le visiter. Ladite visite, animé par un cher monsieur du nom de Dick (je ne ferai pas de commentaires. JE NE FERAI PAS DE COMMENTAIRES), consiste en un film et une visite du bunker. Et autant dire que c'est trèèès impressionnant. "Dans une guerre nucléaire, il n'y a pas de vainqueur ; ils n'y a que des perdants". Ca résume très bien l'endroit. Devant les escaliers pour accéder au bunker, un paneau "Watch for rattlesnakes" nous rappelle qu'on est en Arizona. Pour sa démonstration, ce cher Dick, je ne sais pas pourquoi, décide de me choisir, moi et mes cernes de trois mètres de long, moi et mon sarrouel rouge, pour activer la bombe. Comme chacun s'en doute, l'Armée de l'Air ne lésine pas sur les protocoles de sécurité, mais ça prend une certaine réalité quand on est assis sur la même chaise où s'asseyait, il y a 40 ans, un pauvre type dont c'était le boulot mais qui priait probablement pour ne jamais recevoir l'ordre de tourner la clé... "Félicitations, tu viens de détruire Moscou", me glisse Jonathan une fois la démonstration achevée. Le bunker est fait pour résister à toutes les bombes atomiques, mais il n'a que 12 jours d'autonomie avant que ses habitants ne meurent asphyxiés... ou décident de rejoindre la surface histoire de se faire joyeusement irradier. Toucher du bout du doigt la puissance apocalyptique, c'est... impressionnant. La logique de la bombe nucléaire est à peine quelque chose de raisonnable : elle est faite pour être purement théorique, et pourtant en pratique elle est bien là, et prête à être lancée. C'est très étrange, et mon cerveau en reste tout pantois (mais ça c'est peut-être juste l'effet lendemain de Saint Patrick...).


Suite à cela, il est grand temps de se remettre en chemin vers Tucson, parce que mon conducteur doit rentrer à Sierra Vista (la ville où se trouve sa caserne) et se lever à 5 heures le lendemain. Sur le chemin, on croise de sympathiques voitures des Border Patrols... La frontière mexicaine n'est pas loin. Il m'explique qu'en tant que soldat, il n'a pas le droit d'aller au Mexique ; c'est trop dangereux, apparemment, et les citoyens américains n'y sont pas très bien vus... 

J'arrive à une heure de l'après-midi à l'hostel, fermé une fois de plus, et du coup j'erre de nouveau dans les rues tucsonniennes... A la recherche de vraies cow-boy boots. Mais, malheureusement, j'ai une idée trop précise de ce que je recherche (très sobres, en cuir mat, bout pas trop pointus...) pour trouver santiag à mon pied, et celles qui me plaisent ne me vont pas (pour l'anecdote passionnante, mon pied a une largeur qui convient pour des bottes d'hommes et la longueur adaptée à des bottes de femme... je suis gueuse jusque dans la forme de mon pied, youhou...), et du coup je me retrouve à acheter une robe de mariée... Logique, quand tu nous tiens...


Le soir, dîner avec les différents hôtes de l'auberge : un Australien, un couple de Vancouverite, Thomas, toujours aussi brumeux, qui vient me parler de la Bible, et surtout Dan, le vieillard flippant, qui vient me demander -en m'offrant du jus de raisin- : "Did you have a good time, last night?" avec un air sur-lubrique... Je décide donc de ne plus trop tarder et d'aller me coucher, surtout que mon bus pour Tucson part le lendemain dans la matinée. 

Troisième jour.

Thomas m'accompagne à l'arrêt de bus et, en chemin, nous sommes surpris par une averse de grêle. Probablement mauvaise pour les cactus, comme le fait logiquement remarquer Thomas. Ce n'est pas vraiment le temps que j'attendais de l'Arizona. Les grêlons sont assez gros et nous fouettent le visage.

Arrivée à la station Greyhound, j'apprend que mon bus pour Dallas est plein. Enfin, je crois le comprendre : la file de mes compagnons de voyage est bien agitée d'une bourdonnement... Je sors le nez de mon bouquin, et, en attendant une vraie réponse, entreprend de discuter avec mes voisins. Il y a une dame mexicaine qui rentre à Ciudad Juarez, une qui va à Forth Worth et qui me félicite de mon anglais en voyant mon passeport français (ça caresse toujours l'ego...) et un stéréotype de l'américain tel que se le figurent moult français : clairement en sur-poids, des chicos en guise de dentition... "Backpacking?". Je confirme. La conversation s'engage un peu, assez plate dans l'ensemble. Un jeune homme à l'air espiègle et aux yeux bleus qui semble voyager avec lui y prend parfois part, sans grande conviction. Un bus pour Houston finit par arriver, on devra récupérer celui pour Dallas en changeant à El Paso... Je m'installe à ma place, sort mon bouquin, mon carnet et un stylo. Ledit bidonnant s'installe à côté de moi "Ahah moi je préfère toujours m'asseoir à côté d'un femme". "Pas sûr qu'elle soit de ton avis...", réplique l'espiègle en s'asseyant de l'autre côté de l'allée. Là-dessus, il n'a pas complètement tort, l’espiègle : de façon générale, je préfère que mon voisin ne fasse pas 200 kilos pour de pures raisons pratiques, mais après tout, je ne suis pas écrasée non plus donc je ne vais pas faire ma mijaurée. Quelques mots échangés et j'entame Aurélien. Mon encombrant voisin ne voit alors pas de problèmes à m'interrompre pour me signaler qu'il a toujours rêvé d'avoir une copine étrangère mais qu'il n'a jamais rencontré que des américaines. Je feins de ne pas comprendre l'invitation et replonge mon nez dans mon bouquin. Dehors, il neige. Décidément l'Arizona connait quelques problèmes identitaires. Il voit mon passeport. C'est la première fois qu'il en voit un. Je lui laisse le feuilleter. "C'est quoi, ça?" demande-t'il en voyant mon vieux visa pour le Mali. Il me raconte qu'il a fait tous les états de son pays. "Même l'Alaska?" -"Le quoi?" -"L'Alaska, tu sais, au Nord...". Non, il ne voit pas. Puis, voyant le carnet sur lequel je scribouille quelques histoires quand j'en ai envie : "Tu es un écrivain, c'est ça?". Au fil de la conversation, durant laquelle j'apprend notamment qu'il y a 53 états aux Etats-Unis, on se retrouve au Nouveau-Mexique. A l'horizon, des petits points noirs se déplacent sur les plaines, et n'ayant aucun moyen de le vérifier, je laisse une fois de plus mon imaginaire décider : il s'agit de bisons. Le voisin finit par s'endormir, non sans m'avoir précisé que je peux bien entendu me reposer sur lui si je somnole. Non merci, pas sommeil. On finit par arriver à El Paso, où j'ai un aperçu rapide du Mexique et de ce que veut vraiment dire le mot "frontière".




PS : Vous pouvez désormais accéder à ce blog en tapant "exhibe sexe ours manteau ouvert" dans Google. Je ne cherche pas à comprendre.

mardi 17 avril 2012

Kilomètre 2523 : Blythe, Californie.

Dans le bus, je rencontre Katie, qui, son bac en poche, va passer deux semaines chez ses cousins à Mesa, en Arizona, avant de chercher le boulot qu'on voudra bien lui donner. Elle est heureuse, souriante, elle ne se plaint pas du bus, comme moi elle se fout d'être entourée d'anciens taulards et de gens bizarres, et sa présence m'est tranquille et sympathique. Elle n'a jamais vu que la Californie et l'Arizona, mais elle est curieuse de tout. Ca lui fait plaisir de me parler de l'Arizona en échange de quelques informations sur Paris. Une personne simple comme ça, c'est rafraîchissant quand on arrive sur les hauteurs désertiques de la Californie.

Sur les coups de six heures, on arrive à Blythe, éclairée par les premiers rougeoiements du soleil. "L'Arizona a les plus beaux couchers de soleil du monde", m'indique Katie avec un sourire. A quelques kilomètres de la frontière inter-state, le lever lui-même semble assez prometteur...

Quelques minutes, un café, un donut, une clope... et quelques photos.





jeudi 5 avril 2012

Kilomètre 1587 : San Francisco.

Premier jour.

Je quitte donc Mary à Sacramento pour prendre ce bus direction la ville qui m'attire depuis... et bien, aussi loin que remonte mes souvenirs : San Francisco. J'ai à peine dormi et je tombe de sommeil, mais voir les tours se dessiner dans le brouillard depuis le Bay Bridge me redonne moult énergie. Apparemment, le chauffeur n'est pas non plus insensible à cette vue, puisqu'il répète en boucle : "Welcome to the city by the bay!" En posant le pied sur le goudron San Franciscain, je sens mon coeur faire des petits bonds. Enfin, enfin, enfin! Je marche les 2 miles qui me séparent de l'auberge en souriant béatement, et ne m'inquiètes même pas du fait que ladite auberge se trouve au coeur du Tenderloin, le quartier réputé pour être le plus ghetto de la ville (en même temps, j'ai envie de dire, j'ai vécu à Vancouver, j'ai vu le Downtown Eastside, alors j'ai plus peur de rien, zyva!).

Une fois délestée de mon cher sac à dos, je pars à la découverte, complètement au hasard, du quartier. A pied. Première constatation : San Francisco, ça grimpe. Et il pleut.





Petite errance dans le quartier chinois, vue sur le Pyramid Tower qui est un des emblèmes de la ville...



La fatigue commence à se faire sentir après une ou deux heures de marche... Retour tranquille vers l'auberge de jeunesse. Ai-je déjà signalé ma tendance pathologique à coller une BO à ma vie? "We hung about the Tenderloin and tenderly you tell about the saddest book you've ever read, it always makes you cry...". Une fois dans ma chambre, je fais la rencontre d'une de mes camarades de chambrée, une baroudeuse de 40/50 ans, qui a voyagé un peu partout en Europe et en Amérique, et qui a d'ailleurs vécu un an à Vancouver.  Elle quitte San Francisco le même jour que moi. Vers où? Elle n'a pas encore décidé. Je me pose sur mon lit, histoire de me reposer quelques minutes... et je me réveille 5 heures plus tard. Le temps de vous rédiger quelques cartes postales, et je retourne me coucher. Cette nuit-là, je dors 15 heures. Il faut croire que j'en avais besoin...

Deuxième jour.

Réveil en forme. Mais je n'ai pas encore décidé ce que je vais faire de ma journée. Et il pleut. Encore. Bon, mon guide me conseille le City Hall, alors autant aller y faire un petit tour, vu que c'est en intérieur.








Puis, au hasard, je prend un cable car qui me fait remonter tout Powell Street jusqu'aux quais de Fisherman's Wharf. Pas envie de rester autour de l'Union Square, je l'ai déjà vu la veille, et, je ne sais pas, il y a quelque chose qui me fatigue. Trop de monde, trop de touristes. Marcher dans un centre-ville, prendre des photos de buildings que j'oublierai dans la seconde, je l'ai déjà fait à Seattle et Portland... et tout à coup j'ai cette impression de vide. Ca ne sert à rien. Au hasard, j'entre dans un Starbuck, et je m'installe. J'ai besoin d'un plan, j'ai besoin de m'organiser un peu. Sans quoi je vais errer sans but dans San Francisco, et je vais perdre mon (précieux) temps. Sans conviction, je pose la carte de la ville sur la table. C'est alors qu'on me demande : "Ca vous dérange si je m'installe à votre table?". Non, pas le moins du monde. C'est une femme d'une soixantaine d'année à l'allure assez sportive. Elle a vu mon plan et me demande ce que je compte visiter aujourd'hui. Me voyant un peu paumée, elle me conseille. Dans le coin, le musée mécanique. Et puis, sinon, Mission et Haight/Ashbury. C'est tout con, mais être conseillée par une locale m'a redonnée de l'entrain, et je me dirige vers Hyde Street Pier avec plus de conviction (après l'avoir remerciée, cela va sans dire).

Sur Hyde Street Pier, alors que je contemple les vieux bateaux qui y sont exposés (souvenirs d'enfance, le port de Vannes, les maquettes qui trônaient dans la cuisine de la maison de Réminiac et sur les étagères de la chambre de ma soeur Manon...), c'est un vieux loup de mer qui vient me taper la causette. "Vous auriez du le voir passer sous le Golden Gate Bridge, celui-là...". Un souvenir des années 60, rien que ça. La pluie nous bat le visage, mais il a l'habitude et moi je m'en fous du moment qu'il continue de parler. Ouais, il a pas mal voyagé, pas mal navigué. Mais San Francisco, c'est San Francisco... Et c'est là qu'il compte passer la fin de ses jours.





(La meilleure photo du Golden Gate Bridge que je possède... Faudra vous en contenter, le temps n'a pas été très clément avec moi...) 


Je reprend ma route vers Pier 45, où se trouve le musée mécanique indiqué par la dame du Starbucks. C'est un collectionneur de vieilles machines automatiques qui l'a ouvert. L'entrée est gratuite, en revanche il faut mettre des sous dans les machines pour les voir fonctionner. Heureusement pour moi il y a quelques touristes japonais qui s'en chargent pour moi (je vous ai déjà dit que j'avais le budget le plus serré du monde?...). 






Et dans le genre petit souvenir débile qu'on aime à ramener, je me laisse tenter par un photomaton à l'ancienne. C'est bath, elles sentent le révélateur lorsque je les récupère...



Je continue ensuite mon chemin direction le très touristique Pier 39, juste le temps d'acheter des bonbons, une bâche de pluie portative histoire de me griller touriste mais de ne pas choper la mort (à cet instant précis, mes chaussures ont trouvé une nouvelle vocation : devenir des petites piscines portatives) et de prendre en photo les lions de mer.




Et puis je finis à Pier 33, où se trouve l'embarcadère pour Alcatraz. J'avais prévu de le faire le lendemain, mais bon, vu que je suis dans le coin... Je me dirige donc vers le guichet, m'attendant à ce que toutes les navettes soient complètes, et je me retrouve avec un billet pour le ferry qui part 10 minutes plus tard. Il faut croire que peu de gens rêvaient de se retrouver au milieu de la baie de San Francisco par un temps pareil. Me voici donc partie vers mes rêves de petite fille amatrice d'histoires de Desperados... C'est très touristique, mais cette fois ça ne me dérange pas : j'ai rendez-vous avec cette Amérique construite au fil de mon imaginaire, c'est bien aussi.






Finalement, la pluie convient assez bien au lieu, elle participe à lui donner une atmosphère un peu glauque et écrasante. "Ce sont les larmes qui font l'humidité des prisons..." chantait Gainsbourg. Là, en l'occurrence, c'est plus le climat océanique. Après un petit film et un historique des lieux, la visite peut commencer, et nous sommes guidés par nos casques (perso, j'ai mis un peu de temps à m'y faire : "Avancez jusqu'à la cellule 237 -ouais je suis comme ça je fais des références genre super discrètes, tellement discrètes et tirées par les cheveux que je me dois de les signaler. Quelle classe. Ou pas- et cherchez le mur de photos" ça m'irrite un peu : "Et si c'est pas là que je veux aller en premier, HEIN?"... mais une fois passé les relans d'ego enfantin, je dois dire qu'elle est assez bien faite, avec les témoignages des anciens taulards et de leurs matons...). Je laisse ici place au photos.


La cellule de base. Peut-être que ça rappellera à certains étudiants de la capitale leur chez-soi... A la différence qu'eux peuvent en sortir pour aller boire un coup entre copains dès que bon leur semble.

Le trou. J'ai été surprise de voir que les cellules sont limites plus spacieuse que celle des détenus "normaux", mais en fait il y a une différence majeure : ils étaient plongés dans l'obscurité la plus totale, pendant plusieurs jours.

Au trou... pour port de cape de pluie pour le moins ridicule.


Les détenus les plus coopératifs avaient le droit à des privilèges : ils pouvaient tricoter, bouquiner, peindre, prendre des cours par correspondance...

Bon, là, je ne vous ferai pas l'affront de décrire.

Je pense que c'était probablement ça, le plus dur, à Alcatraz : la splendide vue sur San Francisco, sur la vie qui continue, sur tout ce que l'on rate quand on est enfermé. Une ville à 2 kilomètres de distance et pourtant complètement inatteignable... 



Retour à l'auberge, où je rencontre Junior (Almedar de son vrai nom, il me semble), qui vient du Brésil, Kim, de Martigues, et Réanne, de Lausanne. On discute tranquillement, j'apprend qu'elles sont à une école qui, pour des sommes que personnellement je juge astronomiques (13000euros l'année... BAM!), leur donne des cours d'anglais. Bon, j'avoue que j'ai un peu du mal à saisir le concept... Je serai plutôt du genre à considérer que si je veux apprendre une langue, je prend un billet d'avion/de bus, je me retrouve là-bas et j'avise. Mais s'il y a un truc auquel je commence à m'attacher avec toutes ces rencontres, c'est bien la tolérance, et je n'ai pas à émettre un jugement là-dessus. Après quelques heures de sympathique discussion, je monte dans ma chambre où je retrouve la baroudeuse, qui a pas mal de conseils à me donner sur les bus Greyhound et le voyage en général. 

Troisième jour.

Départ pour le quartier de Mission, pour lequel j'ai un vrai coup de coeur. Une suite de maisons victoriennes colorées, plus ou moins bien entretenues, de petites boutiques, d'allées couvertes de peintures murales. Il y a ici une atmosphère chaleureuse, loin des tours froides d'un grand nombre de villes américaines. 



Cette petite bouquinerie était un endroit vraiment à part. Des étagères croulant sous les vieux livres, et des fauteuils moelleux et élimés. Dans l'un d'eux, un clochard s'accordait une petite sieste, et c'était plaisant de voir que personne ne cherchait à le renvoyer. Une scène que, je pense, je n'aurais jamais vu à Vancouver ou à Paris.









Je reprend ensuite le bus vers l'hostel, en m'arrêtant au Metreon, parce que le Petit Futé m'indique qu'il y a une boutique Playstation et que je ne résiste pas à l'orgueilleuse envie de faire rager ma chère Pouik. Seulement, une fois là-bas, on m'informe qu'elle a fermé. Shit! Bah, tant pis, dans le doute, je repartirai avec quelques photos touristiques. 


Je repars direction la COIT Tower (avec un nom, pareil, il fallait que j'y passe...), et dans le cable car, je rencontre une australienne installée à Londres avec qui j'ai l'occasion de bavarder un petit peu du regard qu'on peut poser, en tant qu'Européen, sur une ville comme San Francisco. Pour vous le faire en court, il est très positif. Elle revient de Los Angeles, qu'elle n'a pas aimé, en revanche. Il faut croire que j'ai eu une bonne intuition en ne le mettant pas dans mon programme... Merci les cours de géographie de Monsieur Dagorn sur "la ville qui n'en est pas une". 

Une fois mon anglaise abandonnée à Pier 33, je me retrouve en bas du parc sur lequel se dresse ladite tour. Et bien autant dire que j'aurais mieux fait de prendre un bus direct, vu que l'accès audit parc à probablement plus de marches que la tour Eiffel..

.




Destination de l'après-midi : le quartier Aight/Hasbury, où traînait les hippies dans les années 60. On y trouve aujourd'hui pas mal de fripes hors de prix et de magasins de ce genre. Nonobstant, dans les rues, il reste cette atmosphère très détendue : les gens t'arrêtent pour te demander comment tu vas et d'où tu viens. A un coin de rue, un gars en chemise de bûcheron joue du banjo. J'écoute. J'ai pas de pièces sur moi, alors, dans le doute, on partage une cigarette. "Have you ever heard the old banjo before?". Pas dans la vraie vie. Ca le fait marrer. On discute, il me raconte qu'il est heureux aujourd'hui, parce que son premier neveu vient de naître. Puis, plus loin, une fois rendue au Golden Gate Park, ce sont deux vieux qui m'arrêtent : "I bet you girl know where we can score some weed?...". Nope, désolée, je suis pas du coin. L'un d'eux est néerlandais, l'autre vient de Tucson, ma destination suivante.

Petite réunion hippiesque dans un parc


ILS SONT PARTOUT!!




Retour à l'hostel, j'y retrouve Kim et ses amis de l'école qui se prépare pour sortir. Pour moi, à défaut d'avoir 21 ans ou bien d'être en possession d'une fausse carte d'identité, ce sera dodo avant minuit. Cependant, je ne dis pas non à quelques gorgées de Jack avant de retrouver ma couche...


Quatrième et dernier jour.

Départ pour le Golden Gate. Il pleut toujours. Bouarf, j'ai l'habitude, maintenant, me dis-je. C'était sans compter sur les seaux d'eau que la divinité trollesque du temps a décidé de me balancer sur la gueule. Cinq cent mètres de parcourus, j'arrive à peine à Fort Mason, et je suis trempée jusqu'à l'os. Pas d'autre solution que de rentrer me sécher à l'auberge, car prendre le bus dans des vêtements gorgés d'eau, c'est le meilleur moyen de tomber malade... Je n'aurai pas vu le Golden Gate Bridge, je n'aurai pas pu prendre de photo ce jour-là, mais bon, tant pis, me dis-je, ça me fera une bonne excuse pour revenir. De toute façon, trois jours dans une ville comme San Francisco, ce n'est juste pas du tout assez. 

A l'auberge, je retrouve, le temps d'une clope, Alex, un français qui était là depuis septembre et qui allait se faire tatouer. Alors qu'on discute, je l'entend dire "Oh, non, putain mec, t'es sérieux, range ta bite...". Je me retourne pour voir un clochard se balader tranquillement au milieu de la rue en s'astiquant. Boooon. Vive le Tenderloin. 

L'heure de quitter la ville arrive finalement, je reprend pour la dernière fois (du moins, jusqu'à ce que...) un vieux cable car jusqu'à la Station Greyhound. J'y rencontre un anglais, qui faisait exactement le chemin inverse de moi, et qui s’apprêtait à prendre un bus jusqu'à Vancouver. Mais tiens, c'est vrai, je me dis, je suis complètement con : pourquoi je n'ai pas volé directement jusqu'à New Orleans en me laissant deux semaines pour revenir? Ca m'aurait laissé le temps pour un peu d'imprévu et, en plus, j'aurais probablement eu beau temps.

J'écris au rythme de l'escargot dépressif, JE SAIS... Et, au cas où vous vous posiez la question, NON, je ne sais pas faire court ; mon excuse sera que je n'ai pas envie de résumer le plus beau voyage de ma vie. Rien que ça...