jeudi 5 avril 2012

Kilomètre 1587 : San Francisco.

Premier jour.

Je quitte donc Mary à Sacramento pour prendre ce bus direction la ville qui m'attire depuis... et bien, aussi loin que remonte mes souvenirs : San Francisco. J'ai à peine dormi et je tombe de sommeil, mais voir les tours se dessiner dans le brouillard depuis le Bay Bridge me redonne moult énergie. Apparemment, le chauffeur n'est pas non plus insensible à cette vue, puisqu'il répète en boucle : "Welcome to the city by the bay!" En posant le pied sur le goudron San Franciscain, je sens mon coeur faire des petits bonds. Enfin, enfin, enfin! Je marche les 2 miles qui me séparent de l'auberge en souriant béatement, et ne m'inquiètes même pas du fait que ladite auberge se trouve au coeur du Tenderloin, le quartier réputé pour être le plus ghetto de la ville (en même temps, j'ai envie de dire, j'ai vécu à Vancouver, j'ai vu le Downtown Eastside, alors j'ai plus peur de rien, zyva!).

Une fois délestée de mon cher sac à dos, je pars à la découverte, complètement au hasard, du quartier. A pied. Première constatation : San Francisco, ça grimpe. Et il pleut.





Petite errance dans le quartier chinois, vue sur le Pyramid Tower qui est un des emblèmes de la ville...



La fatigue commence à se faire sentir après une ou deux heures de marche... Retour tranquille vers l'auberge de jeunesse. Ai-je déjà signalé ma tendance pathologique à coller une BO à ma vie? "We hung about the Tenderloin and tenderly you tell about the saddest book you've ever read, it always makes you cry...". Une fois dans ma chambre, je fais la rencontre d'une de mes camarades de chambrée, une baroudeuse de 40/50 ans, qui a voyagé un peu partout en Europe et en Amérique, et qui a d'ailleurs vécu un an à Vancouver.  Elle quitte San Francisco le même jour que moi. Vers où? Elle n'a pas encore décidé. Je me pose sur mon lit, histoire de me reposer quelques minutes... et je me réveille 5 heures plus tard. Le temps de vous rédiger quelques cartes postales, et je retourne me coucher. Cette nuit-là, je dors 15 heures. Il faut croire que j'en avais besoin...

Deuxième jour.

Réveil en forme. Mais je n'ai pas encore décidé ce que je vais faire de ma journée. Et il pleut. Encore. Bon, mon guide me conseille le City Hall, alors autant aller y faire un petit tour, vu que c'est en intérieur.








Puis, au hasard, je prend un cable car qui me fait remonter tout Powell Street jusqu'aux quais de Fisherman's Wharf. Pas envie de rester autour de l'Union Square, je l'ai déjà vu la veille, et, je ne sais pas, il y a quelque chose qui me fatigue. Trop de monde, trop de touristes. Marcher dans un centre-ville, prendre des photos de buildings que j'oublierai dans la seconde, je l'ai déjà fait à Seattle et Portland... et tout à coup j'ai cette impression de vide. Ca ne sert à rien. Au hasard, j'entre dans un Starbuck, et je m'installe. J'ai besoin d'un plan, j'ai besoin de m'organiser un peu. Sans quoi je vais errer sans but dans San Francisco, et je vais perdre mon (précieux) temps. Sans conviction, je pose la carte de la ville sur la table. C'est alors qu'on me demande : "Ca vous dérange si je m'installe à votre table?". Non, pas le moins du monde. C'est une femme d'une soixantaine d'année à l'allure assez sportive. Elle a vu mon plan et me demande ce que je compte visiter aujourd'hui. Me voyant un peu paumée, elle me conseille. Dans le coin, le musée mécanique. Et puis, sinon, Mission et Haight/Ashbury. C'est tout con, mais être conseillée par une locale m'a redonnée de l'entrain, et je me dirige vers Hyde Street Pier avec plus de conviction (après l'avoir remerciée, cela va sans dire).

Sur Hyde Street Pier, alors que je contemple les vieux bateaux qui y sont exposés (souvenirs d'enfance, le port de Vannes, les maquettes qui trônaient dans la cuisine de la maison de Réminiac et sur les étagères de la chambre de ma soeur Manon...), c'est un vieux loup de mer qui vient me taper la causette. "Vous auriez du le voir passer sous le Golden Gate Bridge, celui-là...". Un souvenir des années 60, rien que ça. La pluie nous bat le visage, mais il a l'habitude et moi je m'en fous du moment qu'il continue de parler. Ouais, il a pas mal voyagé, pas mal navigué. Mais San Francisco, c'est San Francisco... Et c'est là qu'il compte passer la fin de ses jours.





(La meilleure photo du Golden Gate Bridge que je possède... Faudra vous en contenter, le temps n'a pas été très clément avec moi...) 


Je reprend ma route vers Pier 45, où se trouve le musée mécanique indiqué par la dame du Starbucks. C'est un collectionneur de vieilles machines automatiques qui l'a ouvert. L'entrée est gratuite, en revanche il faut mettre des sous dans les machines pour les voir fonctionner. Heureusement pour moi il y a quelques touristes japonais qui s'en chargent pour moi (je vous ai déjà dit que j'avais le budget le plus serré du monde?...). 






Et dans le genre petit souvenir débile qu'on aime à ramener, je me laisse tenter par un photomaton à l'ancienne. C'est bath, elles sentent le révélateur lorsque je les récupère...



Je continue ensuite mon chemin direction le très touristique Pier 39, juste le temps d'acheter des bonbons, une bâche de pluie portative histoire de me griller touriste mais de ne pas choper la mort (à cet instant précis, mes chaussures ont trouvé une nouvelle vocation : devenir des petites piscines portatives) et de prendre en photo les lions de mer.




Et puis je finis à Pier 33, où se trouve l'embarcadère pour Alcatraz. J'avais prévu de le faire le lendemain, mais bon, vu que je suis dans le coin... Je me dirige donc vers le guichet, m'attendant à ce que toutes les navettes soient complètes, et je me retrouve avec un billet pour le ferry qui part 10 minutes plus tard. Il faut croire que peu de gens rêvaient de se retrouver au milieu de la baie de San Francisco par un temps pareil. Me voici donc partie vers mes rêves de petite fille amatrice d'histoires de Desperados... C'est très touristique, mais cette fois ça ne me dérange pas : j'ai rendez-vous avec cette Amérique construite au fil de mon imaginaire, c'est bien aussi.






Finalement, la pluie convient assez bien au lieu, elle participe à lui donner une atmosphère un peu glauque et écrasante. "Ce sont les larmes qui font l'humidité des prisons..." chantait Gainsbourg. Là, en l'occurrence, c'est plus le climat océanique. Après un petit film et un historique des lieux, la visite peut commencer, et nous sommes guidés par nos casques (perso, j'ai mis un peu de temps à m'y faire : "Avancez jusqu'à la cellule 237 -ouais je suis comme ça je fais des références genre super discrètes, tellement discrètes et tirées par les cheveux que je me dois de les signaler. Quelle classe. Ou pas- et cherchez le mur de photos" ça m'irrite un peu : "Et si c'est pas là que je veux aller en premier, HEIN?"... mais une fois passé les relans d'ego enfantin, je dois dire qu'elle est assez bien faite, avec les témoignages des anciens taulards et de leurs matons...). Je laisse ici place au photos.


La cellule de base. Peut-être que ça rappellera à certains étudiants de la capitale leur chez-soi... A la différence qu'eux peuvent en sortir pour aller boire un coup entre copains dès que bon leur semble.

Le trou. J'ai été surprise de voir que les cellules sont limites plus spacieuse que celle des détenus "normaux", mais en fait il y a une différence majeure : ils étaient plongés dans l'obscurité la plus totale, pendant plusieurs jours.

Au trou... pour port de cape de pluie pour le moins ridicule.


Les détenus les plus coopératifs avaient le droit à des privilèges : ils pouvaient tricoter, bouquiner, peindre, prendre des cours par correspondance...

Bon, là, je ne vous ferai pas l'affront de décrire.

Je pense que c'était probablement ça, le plus dur, à Alcatraz : la splendide vue sur San Francisco, sur la vie qui continue, sur tout ce que l'on rate quand on est enfermé. Une ville à 2 kilomètres de distance et pourtant complètement inatteignable... 



Retour à l'auberge, où je rencontre Junior (Almedar de son vrai nom, il me semble), qui vient du Brésil, Kim, de Martigues, et Réanne, de Lausanne. On discute tranquillement, j'apprend qu'elles sont à une école qui, pour des sommes que personnellement je juge astronomiques (13000euros l'année... BAM!), leur donne des cours d'anglais. Bon, j'avoue que j'ai un peu du mal à saisir le concept... Je serai plutôt du genre à considérer que si je veux apprendre une langue, je prend un billet d'avion/de bus, je me retrouve là-bas et j'avise. Mais s'il y a un truc auquel je commence à m'attacher avec toutes ces rencontres, c'est bien la tolérance, et je n'ai pas à émettre un jugement là-dessus. Après quelques heures de sympathique discussion, je monte dans ma chambre où je retrouve la baroudeuse, qui a pas mal de conseils à me donner sur les bus Greyhound et le voyage en général. 

Troisième jour.

Départ pour le quartier de Mission, pour lequel j'ai un vrai coup de coeur. Une suite de maisons victoriennes colorées, plus ou moins bien entretenues, de petites boutiques, d'allées couvertes de peintures murales. Il y a ici une atmosphère chaleureuse, loin des tours froides d'un grand nombre de villes américaines. 



Cette petite bouquinerie était un endroit vraiment à part. Des étagères croulant sous les vieux livres, et des fauteuils moelleux et élimés. Dans l'un d'eux, un clochard s'accordait une petite sieste, et c'était plaisant de voir que personne ne cherchait à le renvoyer. Une scène que, je pense, je n'aurais jamais vu à Vancouver ou à Paris.









Je reprend ensuite le bus vers l'hostel, en m'arrêtant au Metreon, parce que le Petit Futé m'indique qu'il y a une boutique Playstation et que je ne résiste pas à l'orgueilleuse envie de faire rager ma chère Pouik. Seulement, une fois là-bas, on m'informe qu'elle a fermé. Shit! Bah, tant pis, dans le doute, je repartirai avec quelques photos touristiques. 


Je repars direction la COIT Tower (avec un nom, pareil, il fallait que j'y passe...), et dans le cable car, je rencontre une australienne installée à Londres avec qui j'ai l'occasion de bavarder un petit peu du regard qu'on peut poser, en tant qu'Européen, sur une ville comme San Francisco. Pour vous le faire en court, il est très positif. Elle revient de Los Angeles, qu'elle n'a pas aimé, en revanche. Il faut croire que j'ai eu une bonne intuition en ne le mettant pas dans mon programme... Merci les cours de géographie de Monsieur Dagorn sur "la ville qui n'en est pas une". 

Une fois mon anglaise abandonnée à Pier 33, je me retrouve en bas du parc sur lequel se dresse ladite tour. Et bien autant dire que j'aurais mieux fait de prendre un bus direct, vu que l'accès audit parc à probablement plus de marches que la tour Eiffel..

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Destination de l'après-midi : le quartier Aight/Hasbury, où traînait les hippies dans les années 60. On y trouve aujourd'hui pas mal de fripes hors de prix et de magasins de ce genre. Nonobstant, dans les rues, il reste cette atmosphère très détendue : les gens t'arrêtent pour te demander comment tu vas et d'où tu viens. A un coin de rue, un gars en chemise de bûcheron joue du banjo. J'écoute. J'ai pas de pièces sur moi, alors, dans le doute, on partage une cigarette. "Have you ever heard the old banjo before?". Pas dans la vraie vie. Ca le fait marrer. On discute, il me raconte qu'il est heureux aujourd'hui, parce que son premier neveu vient de naître. Puis, plus loin, une fois rendue au Golden Gate Park, ce sont deux vieux qui m'arrêtent : "I bet you girl know where we can score some weed?...". Nope, désolée, je suis pas du coin. L'un d'eux est néerlandais, l'autre vient de Tucson, ma destination suivante.

Petite réunion hippiesque dans un parc


ILS SONT PARTOUT!!




Retour à l'hostel, j'y retrouve Kim et ses amis de l'école qui se prépare pour sortir. Pour moi, à défaut d'avoir 21 ans ou bien d'être en possession d'une fausse carte d'identité, ce sera dodo avant minuit. Cependant, je ne dis pas non à quelques gorgées de Jack avant de retrouver ma couche...


Quatrième et dernier jour.

Départ pour le Golden Gate. Il pleut toujours. Bouarf, j'ai l'habitude, maintenant, me dis-je. C'était sans compter sur les seaux d'eau que la divinité trollesque du temps a décidé de me balancer sur la gueule. Cinq cent mètres de parcourus, j'arrive à peine à Fort Mason, et je suis trempée jusqu'à l'os. Pas d'autre solution que de rentrer me sécher à l'auberge, car prendre le bus dans des vêtements gorgés d'eau, c'est le meilleur moyen de tomber malade... Je n'aurai pas vu le Golden Gate Bridge, je n'aurai pas pu prendre de photo ce jour-là, mais bon, tant pis, me dis-je, ça me fera une bonne excuse pour revenir. De toute façon, trois jours dans une ville comme San Francisco, ce n'est juste pas du tout assez. 

A l'auberge, je retrouve, le temps d'une clope, Alex, un français qui était là depuis septembre et qui allait se faire tatouer. Alors qu'on discute, je l'entend dire "Oh, non, putain mec, t'es sérieux, range ta bite...". Je me retourne pour voir un clochard se balader tranquillement au milieu de la rue en s'astiquant. Boooon. Vive le Tenderloin. 

L'heure de quitter la ville arrive finalement, je reprend pour la dernière fois (du moins, jusqu'à ce que...) un vieux cable car jusqu'à la Station Greyhound. J'y rencontre un anglais, qui faisait exactement le chemin inverse de moi, et qui s’apprêtait à prendre un bus jusqu'à Vancouver. Mais tiens, c'est vrai, je me dis, je suis complètement con : pourquoi je n'ai pas volé directement jusqu'à New Orleans en me laissant deux semaines pour revenir? Ca m'aurait laissé le temps pour un peu d'imprévu et, en plus, j'aurais probablement eu beau temps.

J'écris au rythme de l'escargot dépressif, JE SAIS... Et, au cas où vous vous posiez la question, NON, je ne sais pas faire court ; mon excuse sera que je n'ai pas envie de résumer le plus beau voyage de ma vie. Rien que ça...

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