mercredi 4 avril 2012

Kilomètre 506 : Portland, OR

J'arrive donc à Portland en fin d'après-midi, après avoir somnolé en me servant d'Aurélien d'Aragon comme oreiller (je vous l'ai dit ; ce bouquin, c'est la vie) sur ces bons mots du chauffeur, qui décidément est définitivement perdu dans givraland : "In case you were wondering were you are, this is Earth".

Portland est très différente de Seattle, et bien qu'il soit écrit dans la plupart des guides touristiques qu'il n'y a pas grand chose à y faire (les termes exacts sont un peu plus politiquement correct, je vous rassure), je trouve que c'est snober une ville où, certes, je n'aurais pas passé une semaine entière, mais qui a un certain charme, notamment grâce à toutes les bâtisses victoriennes qui s'y trouvent - par la suite, j'aurai l'occasion d'en voir moult autres à San Francisco, mais pour l'instant c'est les premières que je vois et c'est merveilleux -.


L'hostel lui-même est d'ailleurs très charmant (photo ci-dessus), et tant mieux, car ayant refermé mon casier avec les clefs du cadenas à l'intérieur, j'ai perdu un temps fou (faire couper le cadenas, en acheter un nouveau) et n'ai pas eu l'occasion de voir grand chose de plus que les rues adjacentes avant que le soleil ne se couche.


Le lendemain, il se met à pleuvoir, avec un vent glacial, mais qu'à cela ne tienne, vu que mon bus part dans la soirée, je fais tout de même un long tour de centre-ville. 






La Columbia River, elle est là! J'en ai le regard extatique...



Je passe à la librairie Powell's, qui est -selon ce que j'ai entendu dire - la plus grande librairie d'Amérique du Nord. Ca ressemble un peu à Gibert Joseph mais en un peu plus charmant, grâce aux étagères qui montent jusqu'au plafond. Je parcours un peu leur collection et finis par acheter quelques bouquins qui sont au programme pour ma licence (oui vous savez, mon alibi...).



Sur le chemin du retour, mon regard est attiré par des noms qui me sont fort bien connus (prépa oblige...) : Kierkegaard, Foucault, Hobbes...




Interloquée, je rentre dans le bâtiment et découvre l'expo moultement sympathique d'un certain Jim Riswold. Le titre est prometteur : "Philosophy is not Funny". Sur le mur principal, en guise d'éditorial de son expo : "Hegel won't buy your father a new truck" où il raconte la désarroi de son géniteur face à sa lubie philosophique. Petite pensée pour Puyce et Pouik. En effet, les débouchés sont rares pour un expert en impératifs catégoriques (je sais, ça, c'est Kant) et son père, probablement un peu redneck sur les bords -vous croyez?-, aurait aimé que fiston soit un peu plus terre-à-terre et gagne suffisamment de maille pour lui payer un nouveau camion. L'histoire se finit bien, puisque le fiston finit par bosser dans la communication, achète un bô tracteur à son daddy, et nous chie cette exposition assez bath dans son genre. 







Une fois mon cerveau bien masturbé (ouh ouh je comprend les références), je suis partie à la recherche des preuves du lien entre Portland et le Springfield des Simpsons (paraît-il qu'elle en serait l'inspiratrice selon la très sérieuse source Wikipédia). J'en ai trouvé 2 : 

1. Ca parle tout seul.



2. En effet, la spécialité de Portland est le Doughnut. Je me suis donc fait un devoir de trouver le plus chimique de tous et de le manger. Quête accomplie au supermarché du coin pour la modique somme de 69 cents (Oh oui, des détails passionnants, parce que mes articles ne sont pas déjà assez longs comme ça. D'ailleurs je me permets parce que je sais que vous avez déjà arrêté de lire. Non? Prouvez-le. Postez moi "Je suis une grenouille mauve" en commentaire à cet article.)


Verdict : c'est aussi crade que ça a en a l'air, mais à ce moment-là, j'ai faim. Et manger une éponge trempée dans du glaçage me paraît presque normal. 

Il est ensuite temps de se remettre en chemin vers la gare Greyhound. Avec un peu d'appréhension. Quand j'arrive, une dame d'une cinquantaine d'année s'égosille dans un téléphone, racontant comment on lui a volé ses affaires dans son sac à la station Amtrak (Greyhound, c'est le bus, Amtrak, le train. Vous suivez?... Bon de toute façon on s'en fout, la plupart du temps les deux sont à côtés... la seule différence c'est qu'avec Amtrak, pas de pass découverte. Enfin, je crois...). Une autre dame, qui me parait un peu petit peu moins trashy, vient lui parler, prise de pitié, et elles décident d'attendre le bus ensemble, avant de m'inviter à les rejoindre. Les autres gens de la station me foutent un peu les jetons, alors j'accepte. Tout à coup, je me retrouve à garder leurs sacs tandis qu'elles vont s'envoyer un petit Whisky dans les chiottes, et je suis coincée entre une dame sans dents, au nez cassé, qui, à en juger l'odeur, n'avait pas pu se laver depuis une bonne semaine, et un marin pêcheur, lui aussi édenté, qui commence à m'entretenir de Whitney Houston. Ils n'ont jamais vu de Français(e), donc je suis un peu l'attraction, et pour le coup, je ne me sens pas à l'aise, et j'entend dans ma tête tous les trucs atroces que j'ai entendu/lu sur Internet à propos des stations Greyhound "Ne parle à personne, tout le monde veut te voler et veut ta moooooooort". Le marin pêcheur monte dans son bus (direction son cher bateau qu'il m'a montré en photo) et les deux femmes, devenues soudainement les meilleures potes du monde "OH MAIS TON SOUTIF C'EST UN VICTORIA'S SECRET, COQUINE, VA" et se mettent à m'inclure dans leur délire "Oh Margot il nous faut des photos avec toi parce que t'es trop beeeeeeelle et que t'es française!!!". Sourire forcé. Au secours, je veux m'enfuir (dans l'absolu, j'ai carrément psychoté toute seule pour rien, je le reconnais, j'avais pas l'habitude). Et celle qui s'est faite volé ses affaires se met à parler de sa weed bien-aimée et de ses spaces-cakes dérobés. Elle enchaîne sur son nouveau copain, sur à quel point c'est un bon coup et se met à nous dire "Les filles, ne simulez jamais. Jveux dire, si vous commencez, vous ne vous arrêterez jamais. Si un mec est mauvais, il est mauvais et tant pis pour lui. Un jour on finit par tomber sur un bon baiseur.". Alors, que ce soit clair : ma chère, il n'est pas question que je parle de ce qui se passe dans mon lit/ma culotte avec vous, qui plus est dans une station de bus glauque remplie de gus pour le moins étranges. Dans le doute, je me contente de hocher vaguement la tête en me demandant quand va enfin arriver ce foutu bus pour Sacramento. Profitant d'une escapade de la dame délestée de sa weed, l'autre me dit : "J'ai pas l'habitude de parler aux étrangers, mais elle pleurait...". Elle commence à me raconter son histoire. La première de toutes les histoires que j'entendrai à bord d'un Greyhound. Elle a une voix très douce et il y a une sorte d'harmonie qui se dégage de son visage, même s'il est trop maquillé. Cinquante ans, elle rentre à Spokane après avoir fui l'Arizona la veille de son mariage. Elle vient de Lithuanie, a été adoptée avec son frère jumeau, qui est mort depuis. Comme la plupart de sa famille apparemment. Et maintenant, 50 ans, retour dans la ville où elle a grandit. Pas trop de projets... Je dois y aller, je salue tout ce beau monde.

Dans le bus, j'essaie de me trouver une place sans voisin, et ça marche jusqu'à Eugene, en Oregon, où je fais la connaissance de Mary, qui rentre pour les vacances chez ses parents en Caroline du Sud. Quatre jours non-stop de bus qui commencent... Je l'envie pas trop, pour le coup. On sympathise vite, et ce notamment grâce à mon iPod et sa sélection de merdouilles en tous genres : Mr Trololo, Erasure, Rick Asltey... Bon, si elle pouvait éviter de gueuler les paroles de Lonely Island ("Suck a dude's dick... LIKE A BOSS!"), ça m'arrangerait, pas trop envie de me faire remarquer dans le bus... Mais en fait tout le monde s'en fout. On est à des centaines de kilomètres de Vancouver. Bref, le voyage se passe sans encombres jusqu'à Sacramento, et on est toutes les deux soulagées d'être tombées l'une à côté de l'autre, après toutes les conneries qu'on a pu lire sur Internet à base "Greyhound mangera votre âme".

5 commentaires:

  1. Je suis une grenouille mauve :)

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    1. Bravo, tu gagnes le titre honorifique de vrai lecteur de mon blog! C'est fou ça, sachant qu'on ne se connait même pas... Merci en tous cas :)

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    2. Bah que veux-tu je suis fan ^^ Je suis abonné au flux RSS lol, alors je lis tout :D !!

      Bonne continuation, j'adore ton style et ton blog ;)

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  2. You haven't told me nearly half of what you experied during your trip! It is so fun to read your posts! So many interesting things happend to you! And by the way: Jag är en lila groda.

    See you soon! Maybe tomorrow?

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    1. Groda = frog? Nice, I learned a new word. I'm so glad that you were able to understand this article despite the unability of Google Translate to understand my french. I'd be glad to see you tomorrow :)

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